SI J’ÉTAIS UN HOMME

Par Iris Brey

Après Sous les jupes des filles- son premier film markété comme anti-féministe- Audrey Dana signe son deuxième long Si j’étais un homme, fable homophobe et transphobe dont les stéréotypes véhiculés sont dangereux.

 

Comme dans un conte de fées, Jeanne (interprétée par Dana), un soir d’orage, se retrouve transformée. Au matin, la jeune maman divorcée va aux toilettes et fait pipi en se tenant debout, c’est alors qu’elle découvre son nouvel attribut : un pénis.

 

Pas de panique, Audrey Dana ne fait rien de ce pitch à la Blake Edwards (l’excellent Dans la peau d’une blonde, 1990). Elle ne s’empare pas de la question du genre et n’interroge jamais ce qui constitue une identité masculine ou/et féminine. Elle se contente d’aligner des clichés qui renforcent la normativité. Le père de Jeanne lui répétait « si t’en a pas un dans ce monde, t’es rien ». Il va donc falloir attendre qu’un pénis lui pousse pour que Jeanne s’assume au travail, architecte en bâtiment, où elle doit diriger un chantier. L’autre changement majeur qui arrive avec le pénis : « quoi que je fasse, je pense qu’au cul ». Jeanne va donc passer ses nuits seule à astiquer « Pimpin » et découvrir en se masturbant l’orgasme masculin(qui semble ici être beaucoup plus puissant que l’orgasme féminin), comme si Jeanne n’avait jamais tenu un sexe masculin dans sa main avant. Autre avantage du pénis : faire pipi partout debout, blague répétée au moins cinq fois, et les désavantages : ne pas pouvoir s’empêcher de sexualiser sa meilleure amie et coincer son sexe dans la braguette.

 

Autre moment fort du film : la pénétration. Le rapport a lieu avec une femme vierge, comme un échange de bons procédés, leurs deux secrets seront bien gardés. Même si Jeanne est hétérosexuelle, elle ne va tout de même pas coucher avec un homme, car un homme- même amoureux- ne supporterait pas sa pénétration ou de pénétrer une femme trans- dixit le gynéco (Christian Clavier). Jeanne rassure son collègue dont elle est amoureuse : elle est « hétéro de base ». Cette petite phrase, reprise plus tard dans le récit, se transforme en injonction. L’apparition d’un sexe masculin sur le corps d’une femme ne doit absolument pas troubler sa sexualité – dans quel monde dangereux vivrions nous si les catégories binaires homme/femme, hétéro/homo s’effondraient !

 

L’hégémonie de l’hétéronormativité ne doit pas être bousculée dans le film d’Audrey Dana : les « hétéros de base » doivent régner, les mères de famille ne peuvent pas être trans (« Je ne suis pas trans, je suis une mère de famille avec un attribut masculin », s’exclame la jeune femme chez son médecin beauf), les hommes ne peuvent penser qu’avec leur bite, les femmes ne sont désirables qu’avec leurs gros seins et un vagin, les couples doivent évidemment se reproduire. Audrey Dana nous rassure dans un des derniers plans du film, l’orage revient et elle nous dévoile son sexe féminin pour réaffirmer que tout est bien rentré dans l’ordre, alors que rien n’avait été ébranlé.


Ici le rire n’est pas fait pour réfléchir mais pour rassurer les spectateurs qui auraient peur de la différence. Le rire de Dana nie l’existence des trans, humilie ceux et celles qui ne se reconnaissent pas dans un monde binaire et réaffirme le pouvoir de l’hétéro de base dans notre société. Tout ce qui dépasse doit être supprimé. Un message rance et dangereux.